Il arrive qu'on me demande d'où je tire ma certitude et sur quoi je m'appuie pour contredire comme je le fais les opinions établies, étant donné que je ne suis membre d'aucune école, d'aucune secte ni de quelque confession religieuse que ce soit, et qu'ordinairement c'est l'appartenance à de telles communautés qui procure à bon nombre de gens une apparence d'assurance. C'est vrai, je ne crois qu'aux faits que je peux vérifier moi-même. J'ai pu comprendre la signification de ces faits grâce à tout ce que j'ai vécu dans ma vie et aux milliers de lettres que j'ai reçues des lecteurs de mes livres depuis 1979.
Pour la plupart d'entre elles, ces lettres sont marquées par un déni de la réalité vécue par les personnes concernées presque total et tout à fait frappant, mais que l'exposé des faits révèle nettement à un observateur extérieur. Les lettres sont presque toujours écrites DU POINT DU VUE DES PARENTS, qui sont dans l'incapacité de supporter l'enfant que l'on était, et encore moins de l'aimer. En revanche, le point de vue de l'enfant ne s'exprime pas dans une seule phrase, si l'on met à part la souffrance de l'adulte d'aujourd'hui, ses symptômes physiques, ses dépressions, ses idées suicidaires et les sentiments de culpabilité qui le tenaillent.
A chaque fois, on me dit que l'on n'était pas un enfant maltraité, que l'on n'était pas non plus un enfant battu, mises à part quelques claques, qui bien sûr comme chacun sait ne comptent pas, ou de coups de pied au derrière occasionnels, qui en fait étaient vraiment mérités, parce qu'on était parfois insupportable et qu'on tapait sur les nerfs de ses parents. Souvent on m'assure qu'au fond on était un enfant aimé, mais qu'on avait de pauvres parents dépassés, malheureux, dépressifs, mal informés ou même alcooliques, qui eux-mêmes avaient grandi sans amour. Rien d'étonnant alors si ces parents perdaient patience et tapaient si facilement. On ne peut qu'avoir de la compréhension pour un tel comportement. On aurait tant voulu leur venir en aide, parce qu'on les aimait et qu'ils nous faisaient de la peine. Mais même au prix des plus grands efforts, personne n'a jamais réussi à les sauver en les tirant de leur dépression et à les rendre heureux.
Tout cela laissait subsister les affres d'un sentiment de culpabilité que rien ne peut faire refluer. On se trouve en permanence confronté à cette question: qu'est-ce que je fais de travers? suite...
(Traduit de l'allemand par Pierre Vandevoorde)
Communauté : Les écorchés vifs
Qu'est-ce qu'il reste à faire quand tout a été fait
? ÊTRE !!!




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